Focus : Bureau architectures sans titre [en]

Alors que la 10ème édition de France-Atlanta vient à peine de terminer, retournons en arrière pour s’intéresser à la résidence du jeune bureau d’architecture toulousain BAST – Bureau architectures sans titre – qui a eu lieu du 21 au 29 octobre.

Fraichement lauréats du Prix Architecte émergent décerné par la Commission Européenne et la Fundació Mies van der Rohe, les trois membres qui composent actuellement BAST ont été invités à faire part de leurs expériences et de leur expertise avec des étudiants du Georgia Institute of Technology. Dans le cadre de France-Atlanta, leurs interventions ont inclut une conférence devant une centaine de curieux et l’inauguration d’une structure extérieure, projet mené en collaboration avec des étudiants en architecture.

De leur approche particulière centrée sur le bon sens et l’anonymat aux différences transatlantiques de l’approche architecturale, en passant par leur collaboration avec des étudiants américains, Laurent Didier, Mathieu Le Ny, et Louis Léger ont répondu à toutes nos questions.

Pouvez-vous expliquer l’approche « anonyme » de BAST et sa singularité ?

BAST : Notre approche est basée sur la notion de l’anonymat. Aujourd’hui nous somme trois mais c’est une structure évolutive. On était deux, trois, cinq et à nouveau trois. En fait, l’anonymat, ça nous permet d’avoir des personnes différentes qui travaillent en commun sur des projets sans que le projet ne soit approprié par une personne. Je pense que c’est quand même une particularité par rapport à des bureaux historiques qui sont associés au nom d’un architecte. Au contraire, notre bureau porte cette notion d’anonymat jusque dans son nom : Bureau architectures sans titre.

On peut dire que nos méthodes de travail sont importantes et elles vont dans le sens de la collaboration, de la collectivité, d’essayer d’atteindre un objectif architectural qui convient à l’ensemble des associés travaillant sur le projet. Ça va aussi dans le sens de cet anonymat : on considère que plus on sera nombreux à regarder ce projet plus on tendra vers une objectivité, plus le projet aura une espèce de logique ou de sens.

Pourquoi avez-vous choisi le métier d’architecte ?

BAST : Cette question est souvent posée. Il y a souvent des architectes qui adorent raconter « Oui, quand j’étais petit je faisais des cabanes. Je faisais des châteaux de sables avec mon père. Je bricolais... » Mais, pour nous, ce n’est pas du tout le cas. [Rires]. Par contre ce qui est clair et évident c’est qu’aujourd’hui on se rend compte de plus en plus, sans dire que c’est la raison pour laquelle on a fait de l’architecture, que ce qui nous rassemble ce sont ces idées de bon sens, de bricolage, l’envie de construire, l’envie d’expérimenter des mises en œuvre, et je pense que c’est quelque chose qu’on a en commun et c’est ça qu’on apprécie tous ensemble.

Vous venez de parler de l’idée de bon sens. Pouvez-vous nous en dire plus ?

BAST : En France il y a une expression assez commune qui est « le bon sens paysan », c’est quelque chose qui revient souvent dans notre façon de travailler. En fait on se dit de façon très simple : Qu’est-ce que quelqu’un de non initié ferait pour répondre à des problématiques telles que faire un toit, faire un mur, faire un sol »… C’est par rapport à ça qu’on parle d’architecture du bon sens.

Pour nous, il faut fait appel au bon sens plutôt qu’à une réflexion théorique, tordue et poussée. On a tendance à aller plutôt vers la simplicité. En se posant des questions certes, mais en se posant des questions pour aller à l’essentiel et ne pas trop, justement, compliquer les choses. Plutôt les simplifier. C’est ça le principe de bon sens.

Et donc par rapport à cette histoire du bon sens paysan, historiquement dans les campagnes les gens construisaient eux même leurs maisons donc ils réfléchissaient l’orientation par rapport aux vents dominants, par rapport à l’ensoleillement, par rapport à tout un tas d’effets naturels qui impactent la façon de vivre. Et aujourd’hui, beaucoup de bureaux, beaucoup d’ingénieurs essaient de compenser une mauvaise implantation par des machines si on a du soleil toute la journée sur une façade vitrée, ou s’il y a un vent dominant ou si on prend appuie sur un pignon de bois, alors que justement le bon sens paysan c’est éviter de se retrouver dans une situation comme celle-ci pour éviter d’avoir recours à des mécanismes ou à de l’ingénierie pour y pallier.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre résidence et sur le projet que vous avez mené en collaboration avec des étudiants de Georgia Tech ?

BAST : Lors de ce workshop d’une semaine à Atlanta, nous avons encadré un groupe de 10 étudiants de 3ème année, ceux de l’atelier de Sabir Khan, Maîte de conférences à l’école d’architecture à Georgia Institute of Technology, et quelques autres étudiants qui se sont greffés par envie. Nous avons proposé de construire un morceau de bâtiment, en présentant trois dispositifs primitifs de l’architecture : floor, roof, wall (Sol, toit, mur en français). Pour cela, avant notre arrivé, Sabir leur a demandé d’identifier quatre lieux du bâtiment qui nécessitaient des travaux d’amélioration. Lors de notre premier jour avec eux, ils nous ont présenté ces quatre lieux et nous avons choisi ensemble : celui qui présentait la plus forte potentialité d’usages et nécessitait de construire un bâtiment au sens premier du terme : il fallait s’abriter de la pluie car ce lieu est dehors ! Ensuite, nous avons conçu ce passage couvert en minimisant les moyens nécessaires (moins de $500) et en exploitant les ressources disponibles : atelier de construction woodshop, fablab, les outils et matériaux récupérables, ainsi que les contraintes tel que ne pas s’ancrer dans le sol à cause de la présence de réseaux enterrés d’eau, de gaz ou d’électricité. Toutes ces contraintes ont généré un assemblage simple, où la galerie ne distingue pas le toit des poteaux, mais où les poteaux font toit, ou le toit fait les poteaux.

Nous avons utilisé des éléments standards de la construction américaine comme le ballon frame, acheté chez un distributeur pour entreprises de construction, ou le 2x6’’.

Pour la couverture, le fablab du département architecture nous a donné des planches d’érable que nous avons débitées en 15 largeurs différentes et posées de manière simple afin que l’eau ruisselle de planche à planche.

Finalement ce n’est ni un wall, ni un roof, et c’est cela qui nous paraît intéressant dans cette expérience : on est au-delà que ce que l’on pensait faire. Car en acceptant le contexte, la situation et les ressources, soit une quinzaine de personnes sur une semaine, quelques matériaux et outils, une adaptation à des contraintes techniques réelles, ce que l’on fabrique évolue par rapport à ce que l’on peut concevoir en restant derrière son ordinateur.

Et c’est cela que nous voulions expérimenter avec ces étudiants, parce que oui, il y a des différences, qui sont surtout d’ordre culturelles.

Quelles différences avez-vous remarqué lors de vos échanges avec les étudiants ?

BAST : Nous avons une approche, en tant qu’européens et encore plus au sein de BAST, qui est très rationnelle et cartésienne, qui accepte la réalité des conditions de construction d’aujourd’hui, alors que nous avons constaté que beaucoup de pédagogies dans l’université (et aussi dans la culture architecturale américaine) se concentrent sur des fabrications de formes sans considération de leur processus de fabrication. A part peut être l’atelier de Sabir Khan qui a la justesse de poser comme question « comment entretenir et modifier du bâti existant ? ». Finalement c’est une approche contemporaine que nous assumons chez BAST : faut-il continuer à ne construire que du neuf, à consommer des surfaces de terres encore vierges, démolir et reconstruire ?

Dernière modification : 26/11/2019

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